14.07.2005

Monsieur D, Mission Impossible III

Daru présente en exclusivité le parcours de Monsieur D., parcours chaotique s'il en est, comme vous allez le constater. Attention les yeux (et la tête car c'est plutôt long).

Au sortir du bac (voir la note sur la pseudo surdouée), M. D. ne savait pas quoi faire; vous me direz, quoi de plus normal, finalement, pour un nouveau bachelier. Le problème est que cette incertitude n'a jamais quitté M. D. Il n'a jamais su quoi faire, le pauvre. Sûrement un syndrome post-traumatique, mais la psychologie estampillée Carrefour c'est pas ici.

Malheureusement pour lui, M. D a consulté un conseiller d'orientation, qui comme tous les autres conseillers d'orientation, avait suivi pour exercer son métier (enfin peut-on appeler ça un métier?) une formation (très légère) en psychologie. Ce conseiller d'orientation n'a pas été en mesure de prendre M. D en main dès le début, et son syndrome post-traumatique n'a été que renforcé (la preuve, hein, regardez où vous en êtes, M.D bon alors vous avez votre DEUG d'accord c'est bien mais je vais vous dire un truc, moi: le DEUG ça n'existe plus alors bon vous pouvez toujours présenter un DEUG à quelqu'un, mais vous aurez pour toute réponse un coup de pied au c_l avec: "on n'apprend pas la grimace à un vieux singe sur la tête d'une mouche avec un marteau"). Bref, M. D n'a pas su quoi répondre face à ce conseiller qui, croyant qu'il avait à faire à un futur ingénieur en puissance (bons résultats, bonne tête, bon lycée, bons parents, j'en passe et des meilleures), lui a enjoint de s'inscrire en prépa... dans le lycée où il allait, in extremis (et je pèse mes mots, on a eu chaud, Monsieur D et moi), faire la connaissance d'un encore-plus-dépravé-que-lui, M. B (alias, l'auteur de ces lignes). Alors il peut remercier le conseiller d'orientation, M. D, car sinon... heu... disons que ce blog n'existerait pas (ce blog étant le symbole de quelque chose que je n'ose même plus nommer "amitié" depuis les cours de français en prépa et les ambiguités recensées dans les ouvrages obligatoires).

Mais n'allons pas trop vite. Comme vous l'aurez remarqué au terme de votre lecture, M. D a le don pour faire monter les statistiques d'échec en prépa, en médecine (et je m'arrête là, je ne doute pas que ce soit définitif, hein Monsieur D., parce que vous allez découvrir la BU l'année prochaine), bref partout où il passe. Il est même capable de fausser toutes les moyennes du premier trimestre de prépa à Tours, puisque M. B — qui avait pourtant tout fait pour y arriver — se retrouve 43è sur 44, avec la pôle-position pour... cet éternel absent qu'est M. D.

M. D est donc arrivé au lycée Descartes à Tours, avec, déjà, une ambition inconsciente: tout faire pour que ça foire. Après une première khole où il a quand même réussi à majorer et à écraser LeM qui croyait dur comme fer qu'il aurait la fonction tangente, il s'est vaguement amusé à recopier les raisonnements de son voisin de galère, un certain LeM — le même que la première khole, car il n'est pas rancunier — (ah c'est rigolo ça, lui il s'appelle LeM et moi c'est M c'est rigolo ça hein tiens TA GUEULEEEEEEE!!!). Puis il s'est rendu compte que les raisonnements de LeM n'étaient en fait que le résultat, et qu'il avait l'air con, Monsieur D, avec des résultats sortis de nulle part (en tout cas certainement pas de sa tête). Alors M. D a fini par échouer au fond de la classe, derrière un poteau, et il a soudain ouvert les yeux: tout à coup, son oeuvre à Descartes arrivait à échéance, et il lui fallait se casser au plus vite. Remarquez bien que, inconsciemment, il s'était déjà rapproché de la porte. Ce jour là, avec une VRP de Décathlon au tableau expliquant que "décidément les résultats de DS de Maths n'étaient pas bons" (et surtout pour M. B d'ailleurs hein mais lui on se demande pourquoi il vient en cours s'il n'a pas décidé de travailler), M. D et M. B ont engagé un dialogue charnière, comme celle (la charnière) de la porte derrière Monsieur D, qui, prenant un faux air de bon élève affirma ce jour-là à Monsieur B dépité: "moi je me casse". Donc cet échange n'a plus cessé depuis. Enfin plutôt si, il a cessé dès le lendemain, car M.D est effectivement parti dès l'heure suivante, comme ça, à la manière d'un singe qui va se cacher quand il a fait une bêtise (car il n'avait pas la conscience tranquille, Monsieur D, d'avoir laissé un ami tout seul avec des fous).

M. D s'est donc retrouvé à la fac de médecine, avec plusieurs semaines de retard (oui, déjà...) sur le programme, qu'il a rattrapé comme un plombier polonais travaillant de nuit dans une succursale d'Adequat (tel 01 48 05 56 33). Là, M. D a surpris tout le monde: sa situation était lamentable, certes, mais M. D a réussi à la faire tenir, et il s'en est sorti (enfin, sorti, au sens littéral du terme). Oui une situation pitoyable, M. D enfourchant son vélo le matin, avec des chemises de trois jours, manquant de se prendre sur le chemin un VTT conduit par un certain Roger ("ahhhh, c'est un peu trop bien j'ai mis la direction assistée sur mon vélo hein"), et arrivant dans un amphi fermé, où forcément toutes les vapeurs d'alcool (et autres) de M. D lui ont permis d'acquérir une forte réputation dans la promo. Il faut préciser en outre que M. D, dans ces moments déjà pas glorieux, se permettait de l'ouvrir, les bras levés vers le ciel, affirmant par exemple avec une assurance sans nom (et complètement risible): "Ahh, mais on l'a déjà vu tout ça!!".

Bref tout le monde dit que seuls les rats survivraient à une attaque nucléaire, mais je vous livre en exclu que les rats ET MONSIEUR D survivraient à une attaque bactériologique perpétrée par des Chomiennards. Sa force de reconversion lui a en effet permis de rebondir, peut-être d'ailleurs un peu trop puisque M. D s'est rétamé la gueule par terre à cause d'un numerus clausus de merde (et parce que des jeunes étudiantes brillantes —forcément des femmes, hein, n'oubliez pas que c'est Monsieur B, avec tout son ressentiment, qui écrit — lui avait grillé la priorité à l'examen), une première fois (disons que c'est courant), puis une deuxième fois, car il faut faire les choses bien (et là, disons que c'est compréhensible).

Mais la très impressionnante capacité d'adaptation (ou, plus à la mode: la fle-xi-bi-li-té) de M. D est alors intervenue à nouveau. M. D. est définitivement un ancien singe (oui, Mme D, je suis navré de devoir vous l'apprendre) reconverti à de multiples reprises donc d'abord en épluchage de peaux humaines (phase d'apprentissage) à l'Université François Rabelais de Tours (heinnn??? la fac??), comme nous l'avons vu précédemment, puis en épluchage de carottes dans la même université (au sous-sol, pour la cantine du staff). Accessoirement il a pris une inscription — en plus de son CDD d'hotellerie, car M. D a depuis toujours le goût pour les doubles compétences — dans le domaine juridique (c'est la même chose que l'épluchage de carottes, sauf qu'on utilise des mots, c'est un peu plus intellectuel, pour ceux qui ne suivent pas).

Il faut d'ailleurs préciser qu'à ses heures perdues, M. D s'entraîne tout seul à l'épluchage, et de préférence chez les autres (car il sait très bien que cet entraînement cause des dégats), le (petit) problème étant qu'il essaye d'éplucher les murs de l'appartement de son pote (comprendre: "enlever le papier-peint" mais chut, car l'ami hésite même à revendre son animal domestique qu'il croit en cause dans l'histoire). Cette crise nocturne, il ne l'explique pas lui-même. Alors après, M. D, n'allez pas me faire croire que tout va bien alors que vous êtes un maniaco-dépressif en phase terminale.

Mais aujourd'hui M. D a délaissé son CDD au sous-sol pour s'investir au maximum dans son droit. Aussi, il semble être sur une rampe de lancement, mais reste à savoir où il va atterir, et surtout: comment. Car à n'en pas douter, la mission de Monsieur D va prendre un tournant majeur à la rentrée prochaine, où il va devoir intégrer un des groupes de première année. Vous me direz, mais pourquoi intégrer des premières années alors qu'il entrera dans sa troisième? C'est à cet étape du parcours chaotique de Monsieur D que nous apparaît bien plus évidente encore sa difficulté à savoir ce qu'il fait.
Car Monsieur D, inconsciemment, a cherché à reproduire les échecs qui caractérisent son parcours. Lors du premier cours d'introduction au droit, un professeur a précisé avec force l'importance de se tenir à jour et de lire le maximum de droit, en passant évidemment par le temple de la connaissance juridique, le Saint Graal de l'étudiant en droit, la Bibliothèque Universitaire (ou BU). Le professeur en question a d'ailleurs proposé aux étudiants de son amphi de le suivre jusqu'à la BU pour une petite initiation à la recherche documentaire. 99,7% des étudiants se sont exécutés, avides de savoir où est l'étage du droit à la BU et comment rechercher dans le Recueil Dalloz. Or, avec son esprit de contradiction, Monsieur D n'a pas pu s'empêcher de crier: "mais on l'a déjà vu, ça!" (et oui, vous avez déjà LU ça aussi) avant de s'enfiler un sandwich (car il était 12h, et Monsieur D mange un sandwich à midi, c'est comme ça) en attendant le retour des étudiants désormais avisés. Vous l'aurez compris, Monsieur D, étudiant en droit, n'a jamais mis les pieds à la BU, ou plutôt n'a jamais mis les pieds à l'étage consacré au droit à la BU de l'université de Tours. C'est incompréhensible, c'est lamentable, c'est nul, mais "bon voilà, Monsieur D, vous faites du tourisme dans vos études de droit" et il va falloir faire quelque chose. Le souci avec Monsieur D, c'est qu'il est brillant quand il s'y met (et surtout quand il lit des mots et que ça l'intéresse, ce en quoi il est totalement en phase avec Monsieur B) et que, de fait, il a eu ses examens malgré ce lourd handicap qu'est la méconnaissance de la recherche documentaire juridique (vaste programme). Avec les espoirs nés de sa réussite (chose pour laquelle il n'a jamais été préparé) jusqu'à présent dans ses études juridiques, il envisage même une formation dite "Double Compétence" (sic et resic), car au delà de deux compétences Monsieur D est largué. Monsieur D a ainsi obtenu de l'université de Tours qu'on crée un Master rien que pour lui, qui permettrait de ne pas faire que du droit mais pas non plus que de la bioch.

Mais en dépit (voire, en partie grâce à) de ces aventures (mais non, pas celles-là, d'aventures, Mme D, enfin!), Monsieur D. est quelqu'un de bien. Non pas un brave type, un mec sympa, mais bien plus que ça. C'est Monsieur D, l'unique, l'exceptionnel, Monsieur D, quoi, avec son intelligence, sa pertinence, sa clarté d'esprit, sa lucidité, sa culture, ses coups de gueule, ses imitations de PJ, et (last but not least) sa compassion quand il regarde Monsieur B, qui lui demande, les yeux brillants, et pour la troisième fois en 4 minutes 34: "tu fumes, toi?" (variante du "il est où le hakik"). La gentillesse (et on va arrêter là avec les adjectifs flatteurs parce que bon, Monsieur D, vous avez arrêté la prépa hein) de Monsieur D aura aussi permis à Monsieur B. de prendre conscience de son propre état et de se libérer des chaînes de l'addiction dans laquelle il était plongé, à savoir la consommation déraisonable de raisins secs. Bref, même si vous vous êtes déjà autoproclamé comme tel (usurpateur de titre! un petit coup d'expropriation de fait, un tout petit coup d'indemnisation et hop), la palme du meilleur ami toutes catégories vous revient, Monsieur D.

Je vous adresse, M. D et Mme D. ma sincère reconnaissance pour votre approvisionnement en pommes séchées. Soyez en remerciés jusqu'à nouvel ordre (ce qui signifie: jusqu'à ce que la place des pommes séchées ait pris celle des raisins secs il y a quelques mois, soit celle d'une drogue).

Commentaires

Don't worry Mr B. (je crois que vous êtes aimé l'anglais sur ce blog), je promets de vous rapporter d'autres pommes séchées du pays des helvètes lors de mon retour prochain vers ma civilisation. si je trouve quelques autres de ces mets (fruits séchés) dont vous avez l'air de raffoler et dont le choix dans nos rayons est bien étroit, je vous les ferai découvrir, c'est promis!Pour ce qui est des aventures de M.D, nous en parlerons plus tard...

Ecrit par : Mme D. | 14.07.2005

Alors voilà, si on n' est pas à la BU 24/24 et 7/7 comme vous M.B (mais vous c'est plus par nécessité locative que par choix intellectuel vu l'etat de votre tannière qui, je persiste et signe vaut bien l'Oratoire et ne jouez pas les étonnés car quand on a un lit qui tient debout grâce à une cagette en guise de câle, on n'a aucun droit de réponse voilà..." comment ça ta gueule D ?" ), alors je disais donc si on 'est pas à la BU constamment, on n'est rien voilà. Et bien moi Môssieur, sachez que si je n'allais pas à la BU c'est tout simplement parce que j'avais dresser des rabatteurs pour qu'il m'apporte les photocopies des ouvrages et des articles "strictement" nécessaires (pas de fioritures, le minimum syndicale roumain quoi ) pour faire mes devoirs comme un grand chez moi dans un "vrai" appartement rangé comme il se doit (comment ça ta gueule D ?).
Mais en tout cas votre note à mon égard était GENIALE (Mme D, qui n'a pas tout compris comme d'habitude, et moi même nous sommes délectés de ces quelques lignes acerbes mais fort sympathiques)
Bien à vous (comme disent les hommes du monde)

A + (comme disent les djeun's)

M.D

Ecrit par : daru | 14.07.2005

Ecrire un commentaire