12.08.2005
Un riverain de Tours a tenté d'aveugler avec un laser des pilotes à l'atterrissage
C'est vous, Monsieur D, qu'ils recherchent maintenant (d'où votre silence et votre petit tour pour vous refaire une santé dans un pays limitrophe...
Société
Le bruit des avions militaires fait perdre tout contrôle à Tours
Un riverain a tenté d'aveugler avec un laser des pilotes à l'atterrissage.
Par Didier ARNAUD
vendredi 12 août 2005
Tours envoyé spécial
ls ne voient que ça. N'entendent que ça. Ne pensent qu'à ça. Ils les guettent. La tête, ils l'ont toujours en l'air, vers les avions militaires. Colère ou exaspération. A chaque passage d'Alpha jet, ils s'arrêtent de parler. Ils élèvent la voix, montent le son de la télévision. Des habitants des quartiers nord de Tours (Indre-et-Loire) assistent, impuissants, aux passages quotidiens (50 000 mouvements annuels en moyenne) de ces appareils écoles de la base aérienne 705 de Tours qui décollent. Ou atterrissent. Et il se pourrait que l'un d'eux ait pété les plombs.
Faisceau laser. La semaine dernière, un hélicoptère s'est déplacé à grand fracas, en pleine nuit, pour traquer «l'illuminé» qui a aveuglé avec un faisceau laser les pilotes. Un incident qui, selon le Sirpa (service de relations publiques des armées), n'est jamais arrivé en France. «Notre pilote a été ébloui par un faisceau lumineux à 500 mètres d'altitude. Il a eu l'impression que le rayon le suivait. Il a été gêné dans sa manoeuvre d'atterrissage.» Les pilotes sont habitués à travailler dans des conditions beaucoup plus délicates. Cela ne les a pas aveuglés comme des «pleins phares». Sur leur casque, les pilotes ont une visière à deux côtés qui se rabat en fonction des conditions. Une pour le plein soleil, l'autre quand la météo n'est pas bonne. Le geste de «l'illuminé» s'appelle «entrave à la navigation d'un aéronef». Il risque 18 000 euros d'amende et cinq ans d'emprisonnement. Les militaires ont porté plainte.
Est-ce un plaisantin ? Ou un désespéré du bruit ? «Il n'y a pour moi aucun lien entre ce geste et les nuisances sonores», prévient le colonel Labourdette, commandant en second de la base. La gendarmerie enquête. Des habitants de Sainte-Radegonde, particulièrement remontés, font partie du Mouvement de lutte contre les nuisances aériennes de Tours (MNLAT), 150 adhérents. L'association parle de Tours comme de la «capitale du vacarme céleste». Un de ses membres, excédé, se dit prêt à «foncer avec sa voiture dans le portail de la base». Sa mésaventure à lui ressemble au film Un éléphant ça trompe énormément. Il a visité sa maison le week-end où les avions ne volent pas. Après la signature, il est revenu le soir pour l'apéro. «On était dans le jardin, en voyant les avions, j'ai vu mon argent partir en fumée», se désole-t-il. Un agent immobilier le confirme, «la base, c'est une nuisance». Avec une vraie décote des biens.
Jusqu'à fin juillet, avec Vigipirate, deux Mirage étaient en mission intergouvernementale. Les mouvements ont augmenté, disent des habitants. Marie téléphone aux militaires lorsqu'elle remarque une surcharge du trafic. Sophie, l'autre soir, a compté 42 passages le temps d'un dîner. Les réponses du standard de l'armée de l'air fleurent l'exaspération. Il y a eu des «on était là avant vous» ou «vous n'aviez pas qu'à acheter une maison en bout de piste». La base, ce sont aussi les odeurs. L'agence Météo France, située en bout de piste, a lancé une enquête sur les «imbrûlés» de kérosène, une pollution olfactive : plus d'une tonne par jour de rejet. On se plaint de maux de tête. L'association multiplie les réunions publiques. Des enseignants disent s'arrêter de parler quand les avions passent. Ils évoquent les difficultés de concentration, l'énervement, voire la peur des élèves au passage des avions. L'un d'eux a écrit : «Rapides, dissuasifs, ces avions existent pour notre sécurité. Mais je dois avouer qu'ils provoquent dans notre foyer exaspération et dégoût.» Jean-François parle de «l'angoisse» qui le saisit, lorsqu'il revient de déplacements, à l'idée d'affronter le bruit. Christine Blet, pour le MNLAT, cite un psychiatre et des «taux de dépression» en augmentation autour des aéroports. «Les avions ne nous ont jamais dérangés», objecte madame Brosset, la charcutière de Sainte-Radegonde, précisant que les habitants en parlent surtout après les réunions à la salle des fêtes.
A la mairie de Tours, les retombées économiques dues à la présence de l'armée de l'air sont considérées comme «non négligeables», (350 millions de francs en 1999 selon le rapport Burger-Moyen).
«Efforts». Les vols de Ryan Air (Tours-Londres, Tours-Figari, Tours-Lyon) contribuent à l'essor de la région. Dans une guinguette près de la Loire, voilà Jerzy qui lève la tête au passage des avions. Il écoute les récriminations de Christine Blet et se mêle à la conversation : «Vous voulez empêcher que les gens viennent visiter votre région ?» demande-t-il. «Vous n'avez pas envie que votre pays soit protégé efficacement ?» Jerzy adore les avions. Polonais d'origine, il est installé depuis quelques années en Touraine. Il comprend la démarche de l'association, mais la juge contre-productive. «Il faut trouver un point d'entente pour diminuer les nuisances mais continuer l'activité.» Jerzy rêve de développer une ligne d'avion entre Tours et la Pologne, et d'autres pays de l'Est. L'élu du quartier, Frédéric Thomas (PS), avoue que les nuisances sont plus durement ressenties l'été, lorsque les gens se tiennent dehors et gardent la fenêtre ouverte. Il ne réclamera jamais le départ des militaires. «La base a fait des efforts, notamment sur les trajectoires», juge-t-il. Peut-elle en faire encore ? Un militaire confie «être à la recherche d'un dialogue permanent».
http://www.liberation.fr/page.php?Article=316916
10:46 Publié dans Abrutis (in)finis | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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